De l’ambition pour la réforme des lycées

15 janvier 2009

Des verrous à débloquer

Filed under: Conférence de presse du 15 janvier 2009 — admin1 @ 13:46

Intervention d’Éric de Saint-Denis, délégué général de la FESPI

Parce que nous sommes résolument favorables à ce que le lycée évolue vers plus d’équité, avec pour objectif majeur une plus grande réduction des inégalités scolaires, nous pensons que toute réforme du lycée doit obligatoirement passer par un certain nombre de chantiers incontournables qu’il faut ouvrir sous peine de ne procéder qu’à un ravalement de façade.
Il faut s’attaquer à des verrous connus de tous, dont certains ont été soulignés puis évacués par l’ex-réforme Darcos et auxquels l’on risque à présent de ne plus s’attaquer par crainte de faire des vagues : si l’on renonce à s’attaquer à ces verrous, à les ouvrir, le lycée ne bougera pas et la réforme n’en sera pas une, une fois de plus !
Nous avons donc choisi de nous mettre en chantier sur 5 verrous prioritaires :

  1. La définition du tronc commun nous semble indispensable : faut-il que les contenus en soient forcément définis par les disciplines, le français, les maths ou les sciences économiques et sociales ? quels horaires faut-il attribuer à ce tronc commun ? c’est un objet politique fort que le groupe des 20 par sa diversité et sa représentativité doit affronter à la hauteur de l’enjeu qu’il représente : la définition de la culture commune des jeunes français quel que soit le lycée dans lequel ils s’inscrivent !
  2. Le baccalauréat : l’examen final conditionne en France l’ensemble de la scolarité. Pour réformer le lycée il faut donc réformer le bac et s’y attaquer n’est pas sans risque, c’est pourtant, là aussi, indispensable : la nature des épreuves est centrale… et la question du contrôle continu ou plutôt du CCF est-elle taboue ? pourquoi tout faire valider en fin d’année par une série d’épreuves poussiéreuses : les devoirs sur table sont commodes administrativement mais répondent mal aux exigences du XXIe siècle : recherche documentaire, maitrise de l’oral ou travail sur projet. L’abandon des TPE en Terminale était déjà à cet égard un vrai recul.
  3. Le métier enseignant : proposition de réforme après proposition de réforme, les mêmes idées reviennent, il est temps de les concrétiser : oui, l’enseignant doit faire/ doit pouvoir faire autre chose qu’enseigner sa discipline, il doit, par exemple, accompagner chaque élève dans sa scolarité et la construction de son projet de formation. Il ne peut plus en 2009 être centré sur le seul enseignement de sa discipline de base. Il faut pour le moins favoriser ceux qui veulent faire autre chose. Il faudrait alors prévoir une politique d’accompagnement ambitieuse qui ne peut passer que par la formation continue des personnels.
  4. Le parcours des élèves : le lycée que nous pourrions peut-être appeler demain « polytechnique » doit être celui de tous et surtout de chacun. Le lycée ne doit pas être destiné à gérer des flux et à classer les élèves selon des filières : il faut mettre en place des parcours individualisés où le choix, l’appétence de l’élève, son projet prime sur les questions de ses résultats en maths ou ailleurs ! Le parcours de chaque élève devrait alors être accompagné par des professionnels formés à l’accompagnement.
  5. La démocratie au lycée : il s’agit de donner plus de responsabilité et donc de pouvoir aux élèves qui le demandent année après année, manifestations après manifestations mais aussi d’instaurer plus de collégialité dans les modes de décisions qui touchent à la vie du lycée, de donner plus d’autonomie aux équipes éducatives et pas seulement, avec tous les risques que l’on connait, aux établissements ou à leurs chefs.

Voilà les 5 chantiers auxquels le groupe des 20 a décidés de s’attaquer, puisque nous disposons désormais de temps.
Nous attendons du ministère des avancées sérieuses sur ces sujets plus ou moins verrouillés. Il faut dénouer les nœuds des réformes mal ficelées ou ficelées à la hâte et oser prendre à bras le corps les problèmes qui peuvent faire mal.

Chiche !

Filed under: Conférence de presse du 15 janvier 2009 — admin1 @ 13:46

Intervention de Philippe Watrelot, président du CRAP-Cahiers Pédagogiques

Les organisations membres de ce groupe ont finalement pris Xavier Darcos (et Nicolas Sarkozy) au pied de la lettre. Ils font des propositions. Sérieusement.
Toutes les organisations syndicales et les mouvements pédagogiques ont critiqué la précipitation et la faible concertation multilatérale dans laquelle a été conduite la première phase de la réforme. En plus du contexte de suppression de postes, cette précipitation a conduit en grande partie à l’échec du mois de décembre.
Autre critique qu’on a pu adresser à Xavier Darcos, celle de “mettre la charrue avant les bœufs”, de poser le problème à l’envers. C’est-à-dire de parler “structures” (plomberie) avant de se préoccuper de pédagogie c’est à dire de contenus et de pratiques (ce que l’on met dans les tuyaux…). Cette logique a d’ailleurs contribué à renforcer l’idée que l’objectif de la réforme était avant tout structurel c’est-à-dire d’économiser des heures (et des postes).
Ce que nous avons fait, très modestement, c’est de répondre à cette double critique. Nous réunir et discuter dans un rassemblement le plus large possible. Et mener (ou plutôt entamer) surtout une réflexion sur la pédagogie.
Car en effet, le lycée mérite une réforme. Puisqu’il y a quelques temps, le ministre se souciait des “lanceurs d’alerte”, nous en lançons une : “le lycée ne peut pas continuer comme cela”. On a essayé de faire passer les enseignants pour des gens hostiles à tout changement. Mais les observateurs attentifs auront noté que dans les différentes manifestations, la tonalité était bien différente. “Une réforme, oui, mais pas celle là, pas avec ce rythme là, et avec les enseignants » a t-on pu lire et entendre. Dans les discours, les uns et les autres s’accordent, au moins, sur la nécessité d’une évolution du lycée. Car les enjeux sont énormes : motivation des élèves, continuité avec le collège, charge de travail, accompagnement, éducation au choix et à l’autonomie.
Nous faisons pour notre part des propositions. Sans tabou et en ne craignant pas de s’attaquer à quelques “vaches sacrées”. Mais la réflexion ne fait que commencer. L’objet de cette conférence de presse est aussi d’annoncer l’ouverture d’un blog où on pourra trouver nos propositions et les thèmes de travail sur lesquels nous allons poursuivre la réflexion collective dont le système éducatif a tant besoin.
Est-ce le moment de faire ces propositions ? Nous voulons ici distinguer le temps de la stratégie et celui de la pédagogie. La réflexion et la concertation, ça demande du temps ! (c’est d’ailleurs parce qu’il a oublié cela que X.Darcos a des difficultés aujourd’hui…). Nous engageons une réflexion qui n’est pas achevée et qui doit se poursuivre. Malgré la période qui est plutôt marquée par la crispation que le gouvernement a contribué à créer. Faut-il faire des propositions alors que le blocage continue sur les suppressions de postes ? Tout en rappelant que les organisations présentes font toutes partie du collectif des 25 qui a appelé à la grande manifestation du 19/10 et à l’action du 20/11 sur ce thème, nous voulons sortir par le haut de ce qui constitue un double piège : passer pour des partisans de l’immobilisme et laisser d’autres décider pour nous.
Nous entamons la réflexion et faisons des propositions parce que la situation l’exige. Nous pensons que le lycée a besoin de ce temps de la réflexion et de la discussion pour évoluer vraiment. Sans en faire un préalable (car ce serait courir le risque de bloquer le débat et de tomber dans le piège évoqué) nous pensons aussi que cette réflexion pédagogique serait plus sereine si l’hypothèque des suppressions de postes (à tous les niveaux du système éducatif ) était levée ! Comment réussir une réforme quand les personnes concernées pensent qu’elles vont y perdre ?
A qui s’adressent ces propositions ? A tous ! C’est d’ailleurs pour cela que nous ouvrons ce blog. Afin que les questions de l’école deviennent celles de tous les citoyens. L’école c’est l’affaire de tous… C’est le sens de notre engagement de militants pédagogiques. Bien sûr, si parmi nos lecteurs intéressés se trouvent les membres de la commission “réforme du lycée” qui viennent d’être nommés, nous sommes prêts à leur transmettre nos travaux à les rencontrer et à en débattre. En souhaitant que la discussion nous permette d’aboutir à la construction d’un vraie réforme au service de la réussite de tous les élèves et en lui donnant le temps (de l’expérimentation, de l’appropriation) et les moyens pour aboutir.
Chiche ?

Neuf propositions pour la réforme des lycées

Filed under: Conférence de presse du 15 janvier 2009 — admin1 @ 13:30

Cette première série de 9 propositions concerne les différents aspects des missions, de l’organisation, du fonctionnement et des contenus enseignés au lycée. Toutes ces propositions sont liées entre elles. Leur liste n’est pas exhaustive. Notre groupe s’engage à continuer de travailler à d’autres propositions dans le cadre des chantiers que nous avons listés précédemment. Une réforme est vouée à l’échec si elle se cantonne à quelques mesures homéopathiques qui ne produisent pas l’effet de levier escompté.

  1. L’organisation du lycée est modulaire : modules communs et modules d’exploration en seconde ; modules communs et modules de spécialisation progressive en cycle terminal.
  2. Les voies générale et technologique sont fusionnées.
  3. Les modalités de la certification terminale (baccalauréat tiennent compte de cette nouvelle organisation: les modules sont capitalisés après validation en cours de formation. En plus de cette capitalisation, le baccalauréat fait l’objet d’un nombre réduit d’épreuves terminales et d’une épreuve intégrée représentative du parcours de l’élève.
  4. Les modules sont définis par des connaissances et des compétences à acquérir. Le mode d’évaluation est précisé à l’avance. Les modules peuvent être pluri-disciplinaires ,  inter-disciplinaires ou disciplinaires,  ; un ou plusieurs modules sont élaborés  par les équipes.
  5. Un temps d’accompagnement doit être prévu de façon spécifique dans les emplois du temps, encadré par des professeurs référents, avec deux objectifs distincts à moduler tout au long de l’année scolaire : un travail d’élaboration du parcours personnel et le suivi des apprentissages réalisés, dans le cadre de petits groupes d’élèves.
  6. L’accompagnement des élèves, le travail en équipe et la participation au pilotage de l’établissement font partie des missions des enseignants et sont intégrés dans leurs services.
  7. L’accompagnement, le travail personnel, la vie associative, les relations entre pairs, entre jeunes et adultes, l’apprentissage  démocratique  sont des dimensions importantes pour la formation et l’insertion du futur citoyen. Leur donner du temps implique de limiter l’horaire de cours des élèves.
  8. Les instances collectives  doivent être redéfinies pour permettre la participation de tous, élèves et adultes.
  9. L’autonomie des établissements va de pair avec leur mise en réseau  sur un  territoire donné dans une logique de complémentarité pour éviter toute concurrence.

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